 Sous le Pont Mirabeau coulaient les bateaux. C'est l'air hagard que 3 valeureux équipages caennais se retrouvèrent à 6h30 sous le pont de
Tolbiac et son inévitable brouillard. Promptement, nous dûmes au pas de charge amener nos fières embarcations vers un
pseudo-ponton où, sans ménagement aucun, nous fûmes jetés sur les flots sombres de la Seine.
Après d'interminables minutes à subir les errements incohérents de barreurs somnolents, le départ fut enfin donné et la meute des 120
bateaux s'élança dans un tohu-bohu de bonheur. Déjà, les ponts d'Austerlitz, Sully et d'Arcole défilèrent sous nos têtes, l'antre du canal Saint
Martin fut rapidement dépassé, le quai des Orfèvres oublié (instant magique d'une gracile gondole vénitienne glissant sur la Seine sous
les regards goguenards des gargouilles de Notre Dame, tandis que le soleil levant chassait des monceaux de brumes fugitives s'accrochant
vainement aux arceaux de la Tour Eiffel). |
 La matinée était belle et le moral de nos 15 joyeux compères au zénith. Le zouave chaleureusement salué, le retour s'amorça.
Bien vite, une amère constatation s'imposa. La Seine, traîtresse, nous avait réservé ses plus implacables courants. Mais n'écoutant que leur
courage, c'est avec pugnacité et détermination que nos fiers conquérants affrontèrent les flots tumultueux et vagues sournoises sous les
vivats d'une foule en liesse subjuguée par tant de prouesse et de hardiesse.
Sombre désillusion, les jambes se firent plus lourdes, les muscles se raidirent, la sueur ruisselait sur des visages livides. Mais,
galvanisés par le charme de nos jolies avironneuses, c'est en héros triomphants que nous franchîmes le pont de Bercy, ultime étape
de notre odyssée fluviale.
Au son des violons slaves, nos 15 talentueux Caennais reprirent force et vitalité et s'en repartirent, la démarche rigide, le teint blafard,
l'oeil éteint, mais chacun heureux, jurant que, parole d'avironneur, l'année prochaine, on en sera !
Merci à Aldéric, notre très patient ange gardien |